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25.04.2008

L'internet des chnawas

La Chine est devenue, en mars, le pays comptant le plus d'internautes au monde, devant les Etats-Unis, avec plus de 221 millions de personnes, a annoncé, jeudi 24 avril, l'agence officielle Chine nouvelle, qui cite un organisme chinois chargé de l'observation du réseau informatique. Ces chiffres reflètent la croissance spectaculaire du Web chinois malgré les efforts du gouvernement pour bloquer l'accès aux contenus jugés subversifs et pornographiques.



Le nombre d'internautes chinois aurait ainsi cru de 61 %, soit dix fois plus vite qu'aux Etats-Unis, depuis début 2007, où ils n'étaient encore que 137 millions, selon les statistiques nationales. Et selon Duncan Clark, président de BDA China Ltd., une entreprise technologique basée à Pékin, "cette croissance va se poursuivre". Il estime que le nombre d'internautes devrait croître en moyenne de 18 % par an, pour atteindre 490 millions de personnes en 2012, soit plus que l'ensemble de la population américaine.

LE PARTAGE DE VIDÉOS EN PLEIN BOOM

La proportion d'utilisateurs par rapport à la population totale – 16 % en Chine – reste toutefois inférieure à la moyenne mondiale, qui s'établit à 19,1 %, et loin du taux de pénétration américain qui s'élève à 75 %.

La Chine, freinée par ses réticences à libéraliser entièrement le Web, est également en retard sur les Etats-Unis et des pays comme la Corée du Sud en matière de commerce en ligne.

Mais le boom de l'Internet a d'ores et déjà produit de nombreuses "success stories" : le site de jeux en ligne Tencent.com ou le moteur de recherche Baidu.com sont aujourd'hui de redoutables adversaires pour la concurrence étrangère. Un des secteurs les plus dynamiques et les plus populaires est le partage de vidéos, certains sites revendiquant pas moins de 100 millions de visiteurs par jour, c'est-à-dire autant que l'audience des plus grandes chaînes de télévision d'Etat.

25 SITES CENSURÉS EN MARS

Dans cet environnement extrêmement porteur, les usagers et les investisseurs doivent néanmoins composer avec les réticences de Pékin à libéraliser entièrement une technologie parfois perçue comme une menace. En mars, le gouvernement a ainsi déclaré qu'il fermait 25 sites de vidéos et en sanctionnait 32 autres pour avoir violé les nouvelles lois contre les contenus à caractère pornographique, ou représentant une menace pour la sécurité nationale.

Si Pékin promeut aujourd'hui l'usage d'Internet pour le commerce et l'éducation, les autorités s'évertuent toujours à rendre inaccessibles les contenus jugés sensibles. Des internautes ont été emprisonnés pour avoir alimenté des blogs critiques à l'égard du pouvoir, et certains sites étrangers sont purement et simplement interdits. Récemment, l'accès à des sites comme YouTube.com, qui proposaient des vidéos sur les émeutes au Tibet, a été bloqué.

Le Monde du 25 Avril 2008

24.04.2008

La haine vidéopartagée ??

MARC NOBEL chercheur au CRIF, président de l’association de lutte contre le racisme sur Internet et journaliste.


La galaxie du site de partage en ligne YouTube se porte bien. Il aurait reçu 250 millions de visites en janvier 2008. Mais cette YouTube mania à son revers. Personne à YouTube n’est chargé de visionner les vidéos avant leur mise en ligne. Le site s’appuie exclusivement sur les dénonciations des internautes pour procéder à un éventuel retrait. Un exemple : dans l’édition du 4 septembre 2007 de Libération, Arnaud Vaulerin publiait un article intitulé «YouTube pris dans le piège négationniste». Il indiquait que des films de Robert Faurisson circulant sur le Net étaient masqués sous des titres racoleurs, des clips érotiques, voire franchement pornographiques ! Le journaliste rapportait également que Google France (YouTube appartient à Google) avait retiré les films et avait déclaré que leur «visionnage n’était pas possible dorénavant pour les utilisateurs d’ordinateurs à IP française, allemande ou polonaise».

Nous avons voulu vérifier. Le 16 novembre, à l’aide d’un ordinateur à IP française, nous avons tapé sur YouTube l’entrée «Robert Faurisson». Douze occurrences se sont alors affichées. Cinq d’entre elles au moins sont des vidéos négationnistes. Dans ces différentes séquences, Faurisson pavoise devant un public particulièrement attentif ou hilare lorsqu’il parle des chambres à gaz. Cette fois, les films ne sont pas masqués et ne sont pas camouflés par des clips sexy. Nous avions lu dans la rubrique «Règlement de la communauté YouTube» la précision suivante : «Tout ce que vous verrez ne vous plaira peut-être pas. Certains contenus sont susceptibles de vous choquer. Si vous pensez qu’ils sont contraires à nos conditions d’utilisation, cliquez sur "Peut offenser" sous la vidéo que vous êtes en train de regarder pour la soumettre à la vérification de l’équipe YouTube. Si la vidéo n’est pas contraire à notre règlement, cliquez simplement sur une autre. Pourquoi perdre votre temps à regarder des images que vous n’aimez pas ?»

Ce règlement est-il suffisamment explicite ou (et) coercitif pour empêcher de diffuser des propos choquants ? Néanmoins, plus loin, YouTube informe qu’il n’autorise pas les discours «incitant à la haine et les insultes, ni l’utilisation malveillante de stéréotypes en vue d’attaquer ou de rabaisser un sexe, une orientation sexuelle, une ethnie, une religion ou une nationalité». Prenant au mot le site, comme le contenu de ces vidéos négationnistes et antisémites nous a choqués, nous avons attiré l’attention sur elles, en cliquant sur «Signaler». Mais, nous n’avons pas eu la possibilité d’expliciter notre démarche ni de correspondre avec YouTube. Nous avons publié aussi un commentaire sous une séquence de Faurisson : «Cette vidéo est contraire aux articles 23, 24 bis et 42 de la loi du 29 juillet 1881.» Nous avons également demandé (dans notre commentaire) que ces séquences soient retirées, en rappelant que la peine encourue pour cette infraction est d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Le 9 avril 2008, les vidéos négationnistes étaient toujours là.

Un autre site de partage en ligne, Dailymotion, a semble-t-il été plus prompt à réagir. Le 2 avril 2008, quatre vidéos de Faurisson étaient en ligne. Le 3 avril, elles avaient été retirées de la circulation. Sur video.search.yahoo.com, au nom de «Faurisson», on obtient dix-huit films, en français ou en italien. Nous nous sommes alors redirigés vers YouTube qui propose plus de matières négationnistes qu’on ne pourrait l’imaginer. En effet, sous le vocable «revisionnists Rus» (pour Revisionnists are us), un surfeur basé aux Etats-Unis propose des vidéos d’Ernst Zündel, de Faurisson et même des cours pour «débutants» intitulés «Holocaust Revisionnism for Beginners part 1.» Certains internautes sont intéressés et demandent des films supplémentaires. Sur video.google.fr, taper le mot «Shoah» offre de curieuses réponses. Première vidéo disponible : «La Shoah, je n’y crois pas» ; la seconde : «La vérité sur la Shoah», de Faurisson, est dissimulée par une image à caractère pornographique.

Pendant ce temps, en langue française, le négationnisme est toujours accessible sur YouTube avec WPfighter88, Faurisson et compagnie. Nous invitons alors YouTube et les autres sites à méditer sur l’article 29 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) : «Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.» La même Déclaration stipule, dès son premier article, que «les êtres humains... doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité». Les vidéos des assassins de la mémoire ou de néonazis procèdent-elles de cet «esprit de fraternité», pour être ainsi tolérées ?

Libération du jeudi 24 avril 2008

23.04.2008

Quand les Algériens font leur YouTube (1)







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